Histoire de la frégate Chevalier Paul

1999 : Un projet tripartite… puis bi-national

L’histoire du projet Horizon débute au mois d’avril 1999, date à laquelle les ministres de la Défense français, italien et britannique, qui se rencontrent au cours du sommet de Washington, annoncent publiquement la naissance d’un projet de Common New Generation Frigate (CNFG) plus communément appelé projet Horizon.

Le besoin d’une nouvelle génération de frégates antiaériennes se fait alors sentir. En effet, le remplacement aux alentours de 2008 des frégates Suffren et Duquesne pour la France, Audace et Ardito pour l’Italie, et Sheffield Batch I (six navires au minimum) pour la Grande-Bretagne impose la définition d’un nouveau type de bâtiment. Ces bâtiments seront architecturés autour du PAAMS (Principal Anti-Air Missile System), un système de défense antiaérien de zone qui sera le cœur de l’architecture du bâtiment.

Deux coopérations tripartites vont donc s’engager, l’une sur le PAAMS et l’autre sur le navire lui-même, en s’orientant vers la recherche d’un maximum d’équipements en commun de manière à faire baisser les coûts.

Hélas, des divergences d’opinions vont rapidement conduire au départ des britanniques. La Grande-Bretagne se retire du programme global pour poursuivre le développement d’un type de bâtiment plus axé sur un besoin national : le destroyer type 45. Les britanniques annoncent toutefois leur intention de continuer la coopération dans de nombreux domaines, dont le PAAMS, ce qui est loin d’être négligeable. Les bureaux de programme Horizon sont alors transférés de Londres en région parisienne.

Le 22 septembre 2000, un Memorandum of Understanding (MoU) est signé entre Armaris (DCN &Thales) et Orizzonte SpA (Finmeccanica et Fincantieri) de manière à créer une joint venture, qui prend le nom d’Horizon SAS. Les montants à engager pour l’ensemble du programme sont évalués à 2,8 milliards d’Euros. Le contrat de développement et de production des Horizon françaises n°1 et 2 est notifié le 27 octobre 2000 à l’occasion du salon Euronaval 2000.


Les premiers blocs du Chevalier Paul
dans les ateliers nazairiens de la SMCT (avril 2005 – Photo Michel Lelièvre).

Le bureau de programme (Ufficio di Programma Orizzonte) est dirigé par l’amiral italien Dino Vene. Les locaux sont situés en région parisienne, à Issy-les Moulineaux, avec une extension à Toulon et à Rome. Cette structure à l’origine d’environ 25 personnes est renforcée de plusieurs spécialistes : un représentant de chaque état-major (CC Socce pour l’Italie, CF Ferragu pour la France), des équipes de la Délégation Générale pour l’Armement et de son équivalent italien le Navarm, plus des équipes des centres d’essais des deux pays.

2003 : Découpe de la première tôle, mise sur cale

Quelques mois après le début de fabrication des 7 anneaux du Forbin, la première tôle de la deuxième frégate française, baptisée Chevalier Paul, est découpée le 1er décembre 2003 à DCN Lorient. Le Forbin viendra remplacer la frégate Suffren, le Chevalier Paul, la frégate Duquesne.

Le Chevalier Paul est mis sur cale le 13 janvier 2005 à Lorient.

Le lancement de son sistership, le Forbin, a lieu le 10 mars 2005. Coté italien, le destroyer Andrea Doria, premier « Orizzonte » italien, est lancé le 14 octobre aux chantiers Fincantieri de Riva Trigoso (Gênes). Les deux destroyers italiens reprennent les noms des anciens croiseurs italiens désarmés en 1991 et 1992, remplaceront les destroyers lance-missiles Ardito et Audace, mis en service il y a 33 ans.


Mise à flot du Chevalier Paul à Lorient (12 juillet 2006)
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2006 : Mise à flot

La première frégate Horizon ne sera pas livrée, comme prévu initialement, le 27 décembre 2006. Ce retard est principalement dû à des difficultés de mise au point du système de management de combat. Selon la DGA, de décembre prochain, la livraison pourrait glisser jusqu’en 2008 et entraîner un retard de plusieurs mois sur la seconde frégate, le Chevalier Paul.

Le 23 mai, un missile antiarien Aster 30 est tiré avec succès, depuis la frégate italienne Carabiniere, croisant au large de Toulon. Il s’agit du premier tir de qualification pour le système PAAMS (Principal Anti Air System), qui équipera les destroyers britanniques du type 45 et les frégates franco-italiennes du type Horizon.

Le 12 juillet 2006, la frégate Chevalier Paul est mise à l’eau. DCN avait alors préparé une belle fête avec un lâché de ballons aux couleurs nationales françaises et italiennes, feu d’artifice, pavillons et pavois. Quatre remorqueurs, dont le Buffle de la Marine nationale, le Morbihan, le Score et le Keroman, ont permis au bâtiment de sortir de sa forme.


Premiers essais à la mer au large de Lorient (novembre 2007).

2007 : Premiers essais à la mer

En juin, la frégate est au bassin, où son achèvement se poursuit. En juillet, ont lieu les premiers essais moteurs puis turbine à gaz. En septembre, elle devrait être « visuellement » terminée. Le bâtiment doit effectuer sa première sortie en mer en octobre.

Le 1er octobre 2007, une cérémonie réunit les anciens de l’escorteur d’escadre Chevalier Paul et l’équipage de la frégate de défense aérienne (FDA) Chevalier Paul, troisième bâtiment du nom. Après la première cérémonie des couleurs, sous le commandement du contre-amiral Raffaelli, adjoint organique à Brest du commandant de la force d’action navale, le capitaine de vaisseau Hervé Boy est reconnu comme premier commandant de la FDA Chevalier Paul.


En armement à quai à Lorient (mai 2008).

Héritier du contre-torpilleur Chevalier Paul, qui s’est illustré pendant la seconde guerre mondiale en mer du Nord, au large de la Norvège et en Méditerranée lors du bombardement du port de Gênes, le Chevalier Paul portera la croix de guerre 39-45 avec trois citations et la fourragère associée. De nombreux anciens de l’escorteur d’escadre Chevalier Paul remettront à leurs jeunes homologues d’active la fourragère qu’ils avaient eux-mêmes portée plus de trente-six ans auparavant.

Le Chevalier Paul effectue sa première sortie en mer, le 13 novembre, puis une quinzaine de jours d’essais à la mer. Une première série de tests qui se déroulent bien. La frégate va désormais subir des travaux de finition. Une rencontre avec le porte-hélicoptère Jeanne d’Arc a lieu à la mer.

2008 : Poursuite des essais, Toulon nouveau port base

Le Chevalier Paul effectue sa deuxième période d’essais à la mer du 18 mars au 5 avril. Cette campagne permet de finaliser les essais de la plateforme (énergie-propulsion) et de débuter les essais du système de combat.


A la mer au large de Lorient (27 mai 2008).

Au menu, la fin des essais officiels plate-forme (à l’exception des essais aviation) et le début des essais du système de combat. L’IFF (Identification Friend or Foe), le système de reconnaissance des aéronefs amis ou ennemis, est validé avec le concours d’un Falcon 50. Au cours de cet essai, le Chevalier Paul assure son premier contrôle tactique d’un aéronef en vol.

Autres équipements testés : l’IRAS (Infra-Red Alerting System – senseur de veille infrarouge) et la MSTIS (MultiSensor Tracking Identification System – conduite de tir en lutte antiaérienne et antinavire des canons de 76 mm) grâce au concours de l’aviso Commandant L’Herminier et d’un Mirage 2000 de la base aérienne de Cazaux. Un passage sur les boucles magnétiques et acoustiques, en rade de Brest sur le polygone du GESMA (Groupe d’Études Sous-Marine de l’Atlantique, organisme appartenant à la DGA), permet de valider l’immunisation vis-à-vis des mines magnétiques et de procéder à l’enregistrement de la signature acoustique du bâtiment afin de déterminer son niveau d’indiscrétion et sa configuration la plus silencieuse. Avant de quitter la rade, 70 élèves de l’École navale et de l’École de manœuvre sont accueillis pour une visite du dernier-né des bâtiments de la marine.


En manoeuvre en rade de Toulon (2009).

Le Chevalier Paul termine sa deuxième période d’essais à la mer du 18 mars au 5 avril, et effectue notamment les premiers essais du système de combat. La conduite de tir MSTIS (MultiSensor Tracking Identification System) des canons de 76 mm est testée grâce au concours de l’aviso Commandant L’Herminier et d’un Mirage 2000 de la base aérienne de Cazaux.

Le Chevalier Paul effectue jusqu’au 30 mai sa trosième série d’essais à la mer au sud des îles de Groix et Belle-Ile (Morbihan). Son but : tester le fonctionnement de nombreux équipements du système de combat, ainsi qu’effectuer les premiers appontages d’hélicoptères.

La frégate quitte définitivement Lorient le 24 novembre, et rallie Toulon, son nouveau port base, où elle rejoint son sistership le Forbin. Ce transfert rapproche le Chevalier Paul des équipes en charge de la mise au point des systèmes d’armes. La poursuite des essais permettra de finaliser le paramétrage du système de combat en étant à proximité du centre de DCNS de Toulon – Le Mourillon, et de la plate-forme d’intégration de Saint-Mandrier, où sont localisées les capacités d’expertise nécessaires.


Rencontre à la mer entre les quatre frégates de défense aérienne type « horizon » (5 mai 2010 – Photo A. Deluc).

Le Chevalier Paul est basé à Toulon à compter du 28 novembre 2008, et est affecté à la force d’action navale.

2009 : Pris en charge par la Marine

Un hélicoptère NH 90 réalise le 26 juin, pour la première fois, un appontage sur la plateforme du Chevalier Paul, qui était amarré au quai Milhaud 5 dans la base navale de Toulon.

Le 5 mai 2009 se produit un événement dans l’histoire du projet Horizon : les quatre frégates naviguent ensemble au large de La Spezia en Italie. Les frégates Forbin et Chevalier Paul vont également stationner dans la base navale de la Spezia du 5 au 7 mai.

Le Chevalier Paul est pris en charge par la Marine à compter du 21 décembre. C’est la direction générale de l’armement (DGA) qui a notifié à l’industriel DCNS l’acceptation par le chef d’état-major de la marine, la prise en charge de la frégate. Le bâtiment est désormais placé sous le commandement organique d’ALFAN.

Le même jour le bâtiment appareille de Toulon, pour une semaine d’entrainement à la mer baptisée « Global sea trial ». C’est la première fois que la frégate prend la mer avec un équipage au complet pour conduire des exercices variés et éprouver les capacités de son système de combat et des marins qui l’arment.


2010 : Traversée de longue durée

Afin de marquer l’arrivée du Chevalier Paul au sein de la force d’action navale, le vice-amiral d’escadre Aubriot préside la première cérémonie des couleurs le 13 janvier.
Les grands acteurs du programme étaient tous représentés : Monsieur Nicolas Gaspard, directeur de projet DCNS, le capitaine de vaisseau Jean-Michel Barcelo, officier de projet programme Horizon, l’ingénieur en chef de l’armement Lionel Morin, directeur de programme de la Direction générale de l’armement.

Le 26 février 2010, la cérémonie d’adieu aux armes de l’amiral Pierrick Blairon a eu lieu à bord de la frégate Chevalier Paul. La cérémonie, présidée par le vice amiral d’escadre Chomel de Jarnieu, major général de la marine, s’est déroulée sur la plate-forme hélicoptère de la frégate de défense aérienne, devant l’équipage réuni au complet.

Le 18 mars 2010, le Chevalier Paul effectue, avec succès, le tir d’un missile Exocet MM40 Block3. Il s’agit du premier tir de ce nouveau missile depuis un bâtiment de la Marine nationale.


Premier tir d’un missile Exocet MM40 Block3 (18 mars 2010).

Carte du déploiement en Traversée de Longue Durée (TLD)

En escale à Severomorsk, Russie (mars 2010 – Photo MN).

Le Chevalier Paul quitte Toulon le 19 mars 2010 pour une traversée de longue durée (TLD), qui a pour objectif de tester le bâtiment dans diverses conditions (eaux froides et chaudes).

Après sa sortie de Méditerranée via le détroit de Gibraltar, il remonte vers la mer du Nord et contourne la Scandinavie.

Il arrive le 30 mars à Severomorsk (Russie), base principale de la Flotte russe du Nord, où il prend part à des entraînements conjoints avec des bâtiments russes.

Puis, il participe brièvement à l’exercice OTAN Brillant Mariner (12 au 22 avril), avec le porte-avions Charles de Gaulle et le BPC Mistral.

Le bâtiment franchit le cercle polaire, ce qui donne lieu à la traditionnelle cérémonie initiaque, où les néophytes vont être présentés devant sa majesté Frigolus, du royaume des glaces.

Le 16 avril, il quitte la mer du Nord, pour effectuer une transatlantique nord. Une fois l’Islande, et son nuage de poussière dû à l’éruption volcan islandais Eyjafjöll, dépassée, il fait cap vers le Groenland. Le 19 avril, les premières glaces flottantes et des phoques sont aperçus. L’embarcation EDO est mise à l’eau pour aider le bâtiment à se frayer un chemin dans la banquise.

Le Chevalier Paul fait cap vers le Groenland. Le 19 avril, les premières glaces flottantes sont aperçues.

En escale à Miami (mai 2010).

Le 23 avril 2010, au large de Saint-Pierre et Miquelon, le Chevalier Paul rencontre le porte-hélicoptère Jeanne d’Arc, qui entame sa dernière traversée de l’Atlantique, ce qui donne lieu à un exercice de lutte anti-navire, et un exercice de transfert de courrier.

Le 25 avril, le Chevalier Paul s’engouffre dans le détroit de Cabot après une belle transatlantique nord. Le lendemain, après un chenalage du Saint-Laurent qui va durer près de 8 heures, le bâtiment arrive à Québec (Canada – 26 au 30 avril). Un déjeuner officiel est servi à bord, tandis qu’un cocktail a lieu en début de soirée afin de recevoir personnalités québécoises et françaises. Plusieurs visites du bord pour la population civile, des interviews et des présentations thématiques des différents équipements de la frégate auront lieu pendant l’escale.

Début mai, un exercice a lieu entre le Chevalier Paul d’un côté, et trois frégates anti-aérienne, dans le camp opposé : la frégate allemande Essen, et les USS Bulkeley et USS Portland.

Redescendant au sud vers les Caraïbes, le Chevalier Paul relâche ensuite à Miami du 7 au 12 mai. Une cérémonie de remise de livres français au bénéfice d’une quarantaine de collégiens, a eu lieu dans le hangar hélicoptère en présence de Mme Idrac, secrétaire d’Etat chargée du commerce extérieur, de S. E. M. Vimont, ambassadeur de France aux États-Unis, et de M. de Maisonneuve, consul général de France à Miami. Le lendemain matin, le bâtiment a eu le privilège d’être le lieu d’une cérémonie de remise de la Légion d’Honneur à une quinzaine de vétérans de la Seconde Guerre Mondiale. Puis l’après-midi même, le Chevalier Paul a reçu 97 jeunes français vivant à Miami pour une journée d’appel et de préparation à la défense (JAPD).

La frégate fait ensuite escale au Mexique, puis franchit le canal de Panama. Le Chevalier Paul débutera alors un tour de l’Amérique du sud pour arriver normalement à Rio de Janeiro (Brésil) en juin. Puis il retraversera ensuite l’Atlantique pour rallier le Maroc, avant de retrouver, mi-juillet, la base navale de Toulon.

très largement inspiré de NetMarine

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